Sept ans d’insultes racistes à un train d’enfer (L’Humanité)

Un cadre de la police ferroviaire comparaît en correctionnelle pour discrimination envers un collègue.

> « Mangeur de loukoums ! conducteur de chameaux ! Bougnoul de service ! Il faut tous les aligner et les fusiller ! Et, quand ma femme était enceinte, il est allé jusqu’à dire qu’elle “enfantait des rats”… Mes enfants, des rats…  » répète Mohamed, trente-huit ans, contenant son émotion.

> Agent de la police ferroviaire, Mohamed débute sa carrière en 2002 à Calais, «  où tout se passe bien  ». Une fois basé à Valenciennes, en 2003, tout déraille. Il endure, à un rythme de plus en plus soutenu, brimades et insultes de la part d’un collègue qui, au gré de promotions, devient son supérieur. «  Son bureau, toujours ouvert face au mien, affichait ses appartenances au Front national.  » Tracts, posters, bulletins d’abonnement à une revue frontiste, la carte de vœux de Carl Lang, et flamme tricolore au porte-clés… Certes, la hiérarchie admet que l’homme est «  bourru  ».

Troubles du sommeil, tachycardie. Encouragé par des collègues, Mohamed relève la tête, saisit la Halde (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) et porte plainte en 2009 pour discrimination. Informée, la direction de la surveillance générale (Suge) de Valenciennes, dont il dépend, décide de l’éloigner et de lui retirer son arme ! La CGT intervient : « Mohamed est victime, ce n’est pas à lui de quitter le service !  » Mohamed reprend ses fonctions à Valenciennes, tandis que l’auteur présumé des insultes est muté à Arras. Promis à un poste «  en escale  », il sera bientôt en permanence au contact des usagers. «  Intolérable !  » rétorque la CGT.

Une enquête rapide, menée en interne, ne fait curieusement même pas état du «  décor  » du bureau du militant FN. Quid de la «  déontologie cheminote  », dont Mohamed est si fier ? Son courrier adressé au PDG, Guillaume Pepy, reste sans réponse. Cependant, les services de la «  promotion des diversités et de l’égalité des chances  » (récemment mise en place par la SNCF) le convoquent à Paris. Il est enjoint de consulter un médecin, interne à l’entreprise. Mohamed s’exécute, mais en externe. Un psychiatre expert auprès des tribunaux ne décèle aucune pathologie chez lui.

Finalement, la Halde ne donne pas suite. Et le tribunal de Douai, qui a enregistré la plainte, est hors juridiction. C’est donc le procureur de Cambrai qui est saisi : l’audience en correctionnelle a d’ailleurs lieu demain, mardi 14 décembre. «  Je suis anxieux mais bien soutenu  », confie Mohamed, défendu par Me Bérenger Tourné. Deux de ses collègues ont posé une journée de congé pour témoigner. «  La Suge leur a refusé ce déplacement sur leur temps de travail, bien qu’ils soient munis d’une convocation. Du jamais-vu !  » tempête Patrick Delfosse, secrétaire régional à la CGT des cheminots, préoccupé par l’attitude des directions de la SNCF dans cette affaire. Le Mrap s’est porté partie civile.

Laurence Mauriaucourt