Un sandwich chez Freud

, par  Collectif "L’égalité d’abord !" , popularité : 28%

L’islamisation de la cité nous menace, après cette identité nationale menacée par des burquas. C’est au tour du hamburger de s’en prendre à notre France des clochers et des villages. Le travail de sape a commencé il y a longtemps, le jambon beurre reculait déjà depuis le début des années 80 sous les coups de boutoir de Mc Donald, mais voilà que maintenant il est en plus halal ! Beaucoup de bruits pour rien ? Il existe certes des restaurants caschers depuis belle lurette et sur certaines portions d’artères parisiennes, il devient difficile de trouver un restaurant où l’on serve du porc ou même autre chose de non conforme au rite hébraïque, il en est de même dans certains quartiers de la banlieue parisienne où se multiplient les restaurants halal. Mais là l’image est plus forte, c’est Quick burger enseigne nationale à la notoriété établie, qui décide, ou du moins probablement un franchisé (on ne nous le dit pas), de ne vendre que des produits conforme au rite musulman, et c’est de là que la polémique s’installe. Les élections régionales n’y sont probablement pas étrangères tout à fait, mais c’est surtout le reste du contexte qui favorise la trainée de poudre qui enflamme les propos des commentateurs et des politiques. Le référendum sur les minarets en Suisse, mélangé au débat sur l’identité nationale, avec un zeste de débats sur la burqua provoque la fausse route de ce sandwiche qui ne passe pas. Mais au fait, qui a t-il de si grave ? Un commerçant décide de lancer une offre qui pense t-il va lui permettre de capter une clientèle et de produire du chiffre d’affaire ou s’agit-il d’un complot contre la cohésion nationale ? Qu’à t- on besoin de mélanger les valeurs de la République avec la sauce ketchup ? On pourrait certes leur reprocher d’avoir totalement exclu le porc, et se dire que ce que cherche l’Islam en France, c’est une place au milieu des autres et pas à l’écart des autres. On préfère le fameux vivre ensemble au chacun chez soi, mais encore une fois Quick Burger n’a pas une mission de service public et de promotion du rapprochement entre les peuples. Et c’est là où l’on voit que le nœud du problème n’est pas là mais plutôt dans cette peur irrationnelle, remontant sans doute au cortex médiéval qu’inspire l’Islam. Cette campagne rappelle le déjà fameux oublié Franprix halal que Manuel Valls avait fait fermer à Evry, on ne sait pas bien pourquoi.

Et c’est là où on regrette tout de même non seulement que tout puisse servir à semer l’effroi, mais aussi, qu’il ne se trouve pas de voix ayant suffisamment d’audience dans la communauté musulmane pour pouvoir expliquer, désamorcer, rassurer et porter une contradiction audible aux agitateurs du marigot de l’incompréhension.

Et c’est là où on regrette, qu’au lieu de ce qu’est devenu le débat sur l’identité nationale, il n’y ait pas plutôt un débat apaisé dans les média sur ce qu’est l’Islam, ses divers courants, pour que chacun puissent juger en connaissance de cause, s’instruire et ne voit pas un dangereux taliban tapi dans chaque bouchée de whopper. Les non musulmans et les musulmans y gagneraient sans doute. Les premiers, pour des raisons évidentes, et les seconds parce qu’ils n’ont souvent aucune formation théologique et qu’ils peuvent ainsi facilement devenir des cibles pour les marchands de certitudes incontestables qui eux savent fleurir sur le lit des frustrations. Ce n’est probablement pas un point pris en considération par ceux qui veulent faire disparaitre dans les programmes de seconde le chapitre sur le monde musulman qui évoquait entre autres la cohabitation merveilleuse entre les trois grandes religions en Andalousie qui devrait être la référence pour chacun, au profit…de la civilisation rurale dans l’occident chrétien médiéval ! C’est sans doute ainsi que l’on œuvre à la connaissance mutuelle et qu’on laisse aux images d’attentats en Irak ou de burqua sur les marchés de banlieues des journaux télévisés, la tache d’enseigner le fait musulman.

Et c’est là où on regrette que les discriminations, les inégalités, les injustices, les contrôles au faciès, et toutes ces choses que l’on connait trop bien pour qu’elles déclenchent de telles polémiques, un tel potin, ne mobilisent pas nos thuriféraire de l’égalité républicaine, de la laïcité qu’ils soient de gauche ou de droite. On aimerait que des maires de Roubaix et d’ailleurs portent plainte contre les discriminations aux logements ou à l’emploi qui semblent somme toute beaucoup plus sérieuses. Encore une fois, le vrai problème est bien là et notre société fait semblant de parler de l’islamisation de la société pour ne pas parler des inégalités, de la difficulté à accepter ce qui vient d’outre méditerranée et d’en faire une partie du Soi. Chez les névrotiques, il existe au moins deux symptômes bien connus le déplacement où quand le Moi ne sait pas traiter un problème il le déplace et la dénégation ou le névrosé offre la vérité tout en la niant. En l’occurrence on nous parle d’Islam et pas du trouble que jette la France qui change à de multiples égards, et on nie le fait que le vrai problème est ailleurs.
Ce n’est pourtant pas d’un Brillat Savarin pour discuter de la pertinence du hamburger halal ou d’un Freud pour traiter nos névroses phobiques dont nous avons besoin, mais d’un débat franc sans parti pris et surtout honnête sur ce que nous devrions faire dans le consensus pour que notre pays reste une terre de fraternité et de respect mutuel.

Madjid Si Hocine

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